jeudi 7 janvier 2016

SKREWDRIVER 1977-1979 : Un joyau du Punk Rock à (re)découvrir


N'en déplaise aux flics de la pensée de tous poils, SKREWDRIVER s'est révélé jadis, à l'aube de sa création, l'un des meilleurs et des plus remarquables groupes Punk Rock de la première vague.


Il suffit, pour s'en convaincre, d'écouter -et de réécouter sans modération- les treize titres de leur mythique premier album "All Skrewed Up", sorti en 1977 sur Chiswick Rds, label britannique lui-même devenu légendaire pour avoir eu le bon goût d'éditer sur vinyl, entre 1975 et 1983, de vieilles productions d'artistes aussi incontournables que MOTÖRHEAD (1er album), THE DAMNED, THE 101'ERS (futur THE CLASH), RADIO STARS, TV SMITH, JOHNNY MOPED, LITTLE BOB STORY, THE RINGS et autres JOHNNY AND THE SELF-ABUSERS (futur SIMPLE MIND !), pour n'en citer que quelques-uns.
SKREWDRIVER fut formé sous l'égide de Ian Stuart en 1976 dans la petite ville de Poulton-le-Fylde, au nord-ouest de l'Angleterre, à dix kilomètres de Blackpool. Le nom du groupe signifie "tournevis" en français, et est une allusion au fait que les mauvais garçons britanniques de l'époque, contournant la prohibition des couteaux, se servaient de cet outil en guise d'arme dans le cadre de leurs combats de rue. Fortement influencé par les SEX PISTOLS, grand nom du Punk Rock britannique de l'époque, le groupe ne passera pas inaperçu en raison de son penchant prononcé pour la provocation. A cette époque, le groupe se veut cependant apolitique, et du reste, l'état d'esprit qui imprègne les textes de ses chansons s'inscrit pleinement dans celui du mouvement punk de l'époque.


 



Cette première mouture de SKREWDRIVER, à distinguer nettement de celle qui suscitera la polémique voire l'opprobre par la suite, nous gratifiera de 1977 à 1979 de trois EPs respectivement intitulés "You're so dumb", "Antisocial" et "Built up, Knocked down", et surtout, de leur unique album "All Skrewed Up", sorti en 1977 et aujourd'hui tout aussi apprécié des connaisseurs que convoité par les collectionneurs, ses pressages d'origine se négociant de nos jours à des tarifs souvent prohibitifs.
Chaque repressage plus ou moins pirate, que ce soit sur support vinyl comme sur CD, s'arrache littéralement, et  à l'écoute, on comprend aisément pourquoi. L'objet du délit se décline en treize compositions courtes et  simples mais énergiques et rageuses, se succédant avec urgence durant les trente minutes à peine que dure le disque, dans la plus pure lignée des meilleures références de l'époque. Un côté brut, spontané et authentique,  aux racines Rock'n'roll bien présentes, fait que l'on serait fortement tenté de classer la musique et le son du groupe quelque part entre les premières morsures de SLAUGHTER AND THE DOGS, et les premières décharges d'adrénaline stoogienne de THE SAINTS, la légende australienne.




SKREWDRIVER ne fut pas véritablement un précurseur de la OI! -et encore moins du RAC- à  cette époque, sauf si l'on tient compte du fait que la OI!, dont découlera le RAC, n'est jamais qu'un sous-courant "prolétarien" du Punk Rock s'adressant à la fois aux punks et aux skins, et qu'elle est donc directement issue du Punk Rock originel, tel celui que pratiquait le groupe à l'époque.






En 1978, Ian Stuart déménage à Manchester, et y recrute le guitariste Glenn Jones et le batteur Martin Smith, en remplacement des membres originels. Ainsi, dès 1978, et donc peu après la réalisation de l'album, SKREWDRIVER avait déjà changé de formation. De plus, le groupe a déjà, à cette époque, la fâcheuse réputation d'attirer la violence à ses concerts. Et petit à petit, il joue devant un public composé en majorité de skinheads.  


Le groupe se séparera en 1979. C'est l'évolution personnelle de Ian Stuart, initiée par ses contacts avec le milieu skinhead, qui le poussera en 1982 à former un nouveau groupe du même nom, mais composé de membres tous différents de ceux des formations précédentes.  A l'exception bien sûr de lui-même, leader de la formation. On peut donc dire que cette nouvelle mouture de SKREWDRIVER, d'obédience skinhead néonazie et racialiste, devenue fer de lance de la mouvance "Blood & Honour" et de la scène R.A.C. ("Rock Against Communism") britannique,  correspond en réalité à un groupe distinct, de la même façon que d'autres on ressuscité des gloires défuntes tout en restant leur seul membre originel. Même sur le plan strictement musical, la filiation est loin d'être évidente, car dès le premier maxi  "Back with a Bang" du "nouveau" SKREWDRIVER, ne seraient-ce que par les intonations du chant de Stuart, il apparaît flagrant que l'on n'a plus affaire à la même chose. Et ce, en dépit du fait que la face B du single est occupée par une nouvelle version d' "I don't like you", reprise d'un des plus grands hits, avec "An-ti-so-cial", de l'album de 1977. Les réalisations ultérieures du groupe ne feront par la suite que confirmer cette tendance.

Cette évidence n'empêche pas, hélas, certains excités de réagir de façon pavlovienne à la moindre évocation du nom du groupe. Triste signe des temps, ceci trahit le plus souvent l'ignorance et la mauvaise foi de fanatiques aveuglés par leur formatage idéologique, et chez qui toute trace discernement se voit abolie. Allez donc tenter de discuter avec des extrémistes bornés. L'infortuné Didier Wampas, cible voici  quelques années d'une polémique grotesque parce qu'il avait osé -ô crime inouï- se faire photographier revêtu d'un t-shirt du premier album de SKREWDRIVER, en sait malheureusement quelque chose...


Didier Wampas dans ses plus beaux atours

Au terme d'une carrière prolifique marquée par de nombreux concerts, et qui laissera derrière elle une discographie conséquente, Ian Stuart décède en 1993 dans un accident de la route, entraînant peu après la fin définitive de SKREWDRIVER.

En dépit des pathétiques gesticulations de quelques agités du bocal qui, au nom de leurs marottes politiques d'essence totalitaire, voudraient nous imposer une sorte de diktat du "musicalement correct", il convient aujourd'hui de remettre à l'honneur ce qui, objectivement, relève des classiques incontournables et quasi-légendaires de la scène de l'époque. Osons le dire : la première mouture de SKREWDRIVER, quoi qu'on en dise et que cela plaise ou non, mérite haut la main  de figurer au panthéon des plus grandes figures du Punk Rock originel, et tout fan digne de ce nom de la vague musicale de l'époque se doit d'ajouter "All skrewed up" à sa discothèque. Qu'on se le dise.

Hanns Wehrwolf


A ECOUTER :
Le mythique premier album
"ALL SKREWED UP"
1977





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